4 mois de rab !

Ça y est, c’est tombé, les intermittents du spectacle auront 4 mois de rab pour boucler leurs 507 heures ! 

Bachelot et Borne ont acté au CNPS (Centre National des Professions du Spectacle) les mesures phares qui découlent du rapport Gauron. Une prolongation de 4 mois jusqu’au 31 décembre. Plus quelques filets de sécurité mentionnés dans le journal Le Monde : 

Au 31 décembre, « trois filets de sécurité » prendront le relais de l’année blanche. Objectif affiché : « Les intermittents qui n’auront pas pu travailler suffisamment pour renouveler leurs droits pourront bénéficier de l’accès à une indemnité, certes moindre qu’auparavant, mais pendant toute l’année 2022 », explique la Rue de Valois. Ainsi, il est prévu une extension de la période d’affiliation pour « rechercher » les 507 heures nécessaires au maintien dans le régime d’assurance-chômage, une « clause de rattrapage » assouplie et une allocation de professionnalisation et de solidarité (APS) pour ceux qui n’auraient pas le nombre d’heures nécessaires à leur réadmission. » 

Nous aurions tort de nous réjouir d’une telle annonce ! 

Au 31 décembre il y aura donc un recalcul des droits à l’assurance chômage et visiblement selon les premières estimations, données par la ministre elle-même, 35% de ceux qui auront les 507 heures verront leurs allocations chômage diminuées. « Elle ajoute que cela ne sera pas très grave car il y aura une reprise du travail », nous révèle la délégation CGT qui a participé à la réunion du CNPS. 

Ce qui prouve encore une fois une lecture aliénée de l’assurance chômage. Le chômage est vu ici comme une aide entre deux emplois et non comme cela fut pensé historiquement, un salaire entre deux emplois. La nuance est plus qu’importante. 

Devant l’insistance des délégués syndicaux présents qui soulignent les effets plus que dommageables des baisses d’allocation, la réponse de la ministre est d’un cynisme extraordinaire : « les annexes 8 et 10 sont une subvention culturelle » et donc par « équité » envers les autres précaires de l’intermittence de l’emploi nous ne pouvons « pas faire mieux » ! 

Ces gens là décidément ne manquent pas d’air, d’un côté ils cassent la gueule aux chômeurs avec leur réforme de l’assurance chômage et de l’autre, ils clament « l’équité » quand certains alertent devant le risque d’une plus grande précarité chez les intermittents du spectacle. 

Tout cela en dit long sur le sort de ces derniers. Quand cette réforme sera entérinée, les annexes 8 et 10 de l’assurance chômage bénéficieront d’un avantage encore plus considérable face à l’ensemble des intermittents de l’emploi (hôtellerie, restauration, événementiel…). Cette position sera tout simplement intenable ! Le Médef aura beau jeu de dénoncer cette injustice et réclamera à son tour « l’équité ». Nous seront tout simplement baisés ! 

L’Unédic a dépensé 14 milliards nous rappelle Dénis Gravouille (secrétaire général de la CGT spectacle), pour l’activité partielle afin de sauver les entreprises et leurs salariés durant la crise sanitaire, tout cela financé par la « solidarité interprofessionnelle » (cotisations sociales interprofessionnelles). En revanche les quelques milliers d’intermittents du spectacle qui risquent de sortir du régime des intermittents, recevront une aide d’état l’APS (Allocation de Professionnalisation et de Solidarité) qui sera amoindrie par rapport à ce qu’ils touchent aujourd’hui. Cette « aide » va à l’encontre même du principe du régime général : une socialisation d’une partie de la valeur économique produite par le travail. Cette aide (APS) est une subvention qui asservit les plus faibles, à l’État.

L’État continue sa logique de reprise en main de L’Unedic. On ne compte plus toutes les exonérations de cotisations sociales patronales au bénéfice de l’impôt. Et qui dit impôt, dit financement par les citoyens eux-mêmes et non par le capital (le profit) ou pour le dire autrement : les travailleurs financent eux-mêmes les aides qu’ils reçoivent en cas d’accidents de parcours professionnel par le biais de l’impôt.

De plus la pression au retour à l’emploi pour les chômeurs, donc aussi pour les intermittents du spectacle, se fait selon les exigences patronales, c’est à dire l’acceptation de n’importe quelle offre d’emploi sous la forme de contrats de missions, contrats courts et autres saloperies dans la logique du « vaut mieux un petit boulot que rien du tout ». Les intermittents du spectacle connaissent par cœur les offres d’emploi totalement ubuesques proposées par Pôle Emploi : « Devenez animateur cirque pour le Club Med » adressé à une chanteuse lyrique, cherche « danseuse » adressé un danseur ! Ou une offre d’emploi pour devenir gendarme ! Ce dernier exemple révélant l’obsession constante de sortir un maximum de travailleurs de la culture du régime des intermittents du spectacle. 

Le plan de relance doit être aussi dénoncé pas tant pour son niveau insuffisant de moyens (30 millions qui correspondent à une augmentation de 400 euros par intermittents) mais bien sur la nature de subordination dans laquelle il asservit tout le milieu culturel et ses travailleurs. C’est bien l’État et ses agents qui décideront qui et quoi seront soutenus. Encore une fois les aides aux projets pour les artistes seront la norme, sans parler du parcours du combattant qui attend les futurs candidats (voir le document de la DRAC PACA : https://www.culture.gouv.fr/Media/Regions/Drac-Paca/Files/Appels-a-projet-et-marches-publics/2021/AAP-Relancons-l-ete-PACA) avec le risque en toile de fond d’uniformisation des projets artistiques…

La crise économique à venir dont personne ne parle en ce moment tant nous avons le nez dans le guidon sanitaire, va se traduire par une baisse des recettes pour le budget de l’État. Les collectivités locales qui subventionnent aussi le tissu culturel français ont déjà anticipé la baisse des dotations de l’État. Nous commençons à avoir des retours des festivals qui annoncent une baisse des budgets. La reprise de l’activité culturelle sera pour beaucoup un concept abstrait. On nous invite à la reprise alors que les annulations pour cet été pleuvent. Certains artistes vont même à imaginer organiser des concerts payés à la recette. Avec des jauges réduites, imaginez le montant du cachet, sans parler du recul idéologique d’une telle pratique du travail productif. Un siècle de lutte syndicale pour revenir à la case départ : jouer au chapeau ! 

D’où la nécessité impérieuse de nous sortir des mains de l’État comme financeur de la culture. Mais certainement pas pour nous jeter dans les griffes du mécénat. Il faut organiser et gérer nous-mêmes la collecte des cotisations sociales à des fins de financement du milieu culturel. Conventionner les lieux culturels à l’image des professionnels de la santé, avec un cahier des charges ambitieux : propriété d’usage des travailleurs (autogestion) et élections démocratiques des directions des lieux culturels par les travailleurs. Une augmentation des salaires en nature sur une carte « culture » (style carte vitale) pour tous les citoyens afin de pouvoir « consommer » de la culture (il faudra trouver un autre mot). Des caisses de salaire pour tous les travailleurs de la culture et des caisses d’investissements culturels. Tout cela géré par les travailleurs eux-mêmes à l’image de la sécurité sociale au régime général entre 1946 et 1967. Ces quelques propositions, à titre d’exemples, font partie des réflexions que mène Réseau Salariat dans la construction d’une sécurité de la culture et des arts. 

Que les choses soient claires. Il ne s’agit en rien d’une lutte corporatiste, mais bien d’une impulsion donnée à un secteur d’activité professionnel, dans le cadre d’une création d’une sécurité sociale sectorielle et qui, à son tour, susciterait un désir chez d’autres branches professionnelles. Ce qui est bon pour nous l’est pour tous les autres travailleurs.  

En attendant cette prise de conscience collective, le mouvement des occupations a raison de ne pas se focaliser sur la réouverture des salles de spectacle ou sur la prolongation de l’année blanche, mais sur l’éradication pure et simple de la réforme de l’assurance chômage menée par Elisabeth Borne. Mais il y a un mais ! Nous devons urgemment lutter pour l’abaissement des 507 heures qui conditionnent nos allocations chômage. Comment y arriver ? Par la mesure des 308 heures pour les jeunes de moins de trente ans proposée par l’État. Sans s’en rendre compte, il nous entrouvre la porte par laquelle nous devons nous faufiler. Ces 308 heures peuvent être le coin qui nous permettra de fendre ces infernales 507 heures qui ne bougent plus depuis 1979 ( jusqu’à cette date il fallait faire 1000 heures dans l’emploi pour bénéficier du régime de l’intermittence). L’horizon à atteindre est bien évidemment zéro heure dans l’emploi afin d’attribuer un salaire à la qualification personnelle pour tous ! 

Le point très positif est que ces questions font dorénavant partie du débat des théâtres occupés. D’ici là, espérons que les occupations résistent à la pression du « retour à la normale » qui n’est évidemment qu’un abus de langage de la part de la classe dirigeante.  

Alors, il est plus qu’urgent « d’occuper » les esprits ! 

Rémy Cardinale, artiste musicien, membre de Convergence des Luths et militant à Réseau Salariat.

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